Une chose me préoccupe depuis quelque temps; je vous ai parlé de cette maison couverte de chaume, de ce chaume couvert de mousse, de cette crête du toît couronné d'iris qu'on aperçoit d'un certain endroit de mon jardin. Depuis quelques jours je la vois toujours fermée; j'ai demandé à mon domestique:
«Est-ce que le bûcheron n'habite plus là-haut?
—Non, Monsieur, il est parti il y a deux mois. Il est devenu riche, il a fait un héritage, 600 livres de rente; il est allé demeurer à la ville.
Il est devenu riche!
C'est à dire qu'avec ses 600 livres de rente il a été louer à la ville une petite pièce sans air et sans soleil, d'où l'on ne voit ni le ciel, ni les arbres, ni la verdure, où l'on respire un air nauséabond, où l'on est entouré pour tout point de vue d'un papier d'un jaune sale, enjolivé d'arabesques chocolat.
Il est devenu riche!
Il est devenu riche! c'est à dire qu'il n'a pas pu garder son chien qu'il avait depuis si longtemps, parce que cela gênait les autres locataires de la maison.
Il loge dans une sorte de boîte carrée; il a des gens à droite et à gauche, dessus et dessous.
Il a quitté sa belle chaumière et ses beaux arbres et son soleil, et ses tapis d'herbe si verte et le chant des oiseaux, et l'odeur des chênes. Il est devenu riche!
Il est devenu riche! Le pauvre homme!
Vale.

