Au Pays des Moines (Noli me Tangere) (French) Chapter 64

Le télégraphe avait transmis secrètement à Manille la nouvelle de cet événement et, trente-six heures après, les journaux augmentés, corrigés, mutilés par le fiscal1, en parlaient avec beaucoup de mystère et de nombreuses menaces. Entre temps, les nouvelles particulières, émanées des couvents, furent les premières qui coururent de bouche en bouche, en secret, à la grande terreur de ceux qui arrivaient à les connaître. [437]Le fait, défiguré par mille versions, fut accepté comme vrai avec plus ou moins de facilité selon qu’il flattait ou contrariait les passions et la façon de penser de chacun.

Sans que la tranquillité publique en parût troublée, la paix des foyers devenait semblable à un étang: la superficie restant lisse et calme, tandis qu’au fond pullulent, courent, se poursuivent les poissons muets. Les croix, les décorations, les galons, les emplois, le prestige, le pouvoir, l’importance, les dignités, etc., commencèrent à voltiger comme des papillons dans une atmosphère dorée pour une partie de la population. Pour les autres un nuage obscur s’éleva à l’horizon, sur son fond cendré se détachaient, comme de noires silhouettes, des grilles, des chaînes et le fatidique bois de la potence. On croyait entendre dans les airs les interrogatoires, les sentences, les cris qu’arrachent les tortures; les Mariannes et Bagumbayan se présentaient enveloppés d’un voile déchiré et sanglant: dans le brouillard on voyait des pêcheurs et des pêchés. Le Destin présentait l’événement aux imaginations manilènes comme certains éventails de Chine: une face peinte en noir, l’autre dorée, de couleurs vives, ornée d’oiseaux et de fleurs.

Dans les couvents, la plus grande agitation régnait. Faisant atteler leurs voitures, les provinciaux se visitaient, tenaient de secrètes conférences. Ils se présentaient au palais pour offrir leur appui au Gouvernement qui courait les plus grands périls. On parlait à nouveau de comètes, d’allusions, de coups d’épingle, etc.

—Un Te Deum, un Te Deum! disait un moine dans un couvent. Cette fois que personne ne manque dans le chœur! C’est une grande bonté de Dieu de faire voir maintenant, précisément en des temps si mauvais, tout ce que nous valons!

—Ce petit général Mal-Aguëro2, se sera mordu [438]les lèvres après cette petite leçon, répondit un autre.

—Qu’en aurait-il été de lui sans les Congrégations?

—Et pour mieux célébrer la fête que l’on avertisse le Frère cuisinier et le procurateur... Réjouissances pour trois jours!

—Amen!—Amen!—Vive Salví!—Vive!

Dans un autre couvent, on parlait d’autre sorte.

—Voyez? c’est un élève des Jésuites; les flibustiers sortent de l’Ateneo!

—Et les anti-religieux!

—Je l’ai toujours dit: les Jésuites perdent le pays, ils corrompent la jeunesse; mais on les tolère parce qu’ils tracent quelques lignes sur du papier quand il y a des tremblements de terre...

—Et Dieu sait comment elles sont faites!

—Oui, allez donc les contredire! Quand tout tremble et remue, qui donc pourrait écrire des griffonnages! Rien, le P. Secchi...

Et ils sourirent avec un souverain mépris.

—Mais, et les ouragans? et les báguios3? demanda un autre avec une sarcastique ironie; n’est-ce pas divin?

—Un pêcheur quelconque les pronostique!

—Quand celui qui gouverne est un sot... dis-moi comment tu as la tête et je te dirai comment est ta patte! Mais vous verrez si les amis se favorisent les uns les autres; les journaux vont presque jusqu’à demander une mitre pour le P. Salví.

—Et il va l’avoir! il s’en consume!

—Tu le crois?

—Pourquoi pas! Aujourd’hui on la donne pour n’importe quoi. J’en sais un qui l’a coiffée pour moins; il avait écrit un petit travail où il démontrait que les Indiens n’étaient capables de rien que d’être artisans... fi! de vieilles vulgarités!

—C’est vrai! tant d’injustices nuisent à la Religion! [439]s’écria l’autre; si les mitres avaient des yeux et pouvaient voir sur quels crânes...

—Si les mitres étaient des objets de la Nature! ajouta une voix nasale, Natura abhorret vacuum4...

—C’est pour cela qu’on se les arrache; le vide les attire!

Nous faisons grâce à nos lecteurs d’autres commentaires politiques, métaphysiques ou simplement spirituels. Nous allons entrer chez un simple particulier, et comme à Manille nous connaissons peu de monde, nous frapperons à la porte de Capitan Tinong, l’homme officieux et prévenant que nous avons vu inviter Ibarra avec tant d’insistance pour qu’il l’honorât de sa visite.

Dans son riche et spacieux salon, à Tondo, Capitan Tinong est assis dans un large fauteuil; il se passe la main sur le front, puis sur la nuque en signe de désespoir tandis que sa femme, la Capitana Tinchang, pleure et le sermonne devant ses deux filles qui, dans un coin, écoutent muettes, hébétées et émues.

—Ah! Vierge d’Antipolo! criait la femme, ah! Vierge du Rosaire et de la Courroie! ah! ah! Notre-Dame de Novaliches!

—Nanay!... répondit la plus jeune des filles.

—Je te l’avais dit! continua la femme sur un ton de récrimination; je te l’avais dit! ah! Vierge du Carmel! ah!

—Mais non, tu ne m’avais rien dit! se risqua à répondre en pleurnichant Capitan Tinong; au contraire, tu me disais que je faisais bien de conserver l’amitié et de fréquenter la maison de Capitan Tiago... parce que... parce qu’il était riche... et tu me disais...

—Quoi? que te disais-je? Je ne te l’avais pas dit? je ne t’avais rien dit? Ah! si tu m’avais écouté!

—Maintenant tu me rejettes la faute! répliqua-t-il d’un ton amer, en donnant un coup de poing sur le bras du fauteuil. Ne me disais-tu pas que j’avais bien [440]fait de l’inviter à dîner avec nous, parce que, comme il était riche... tu disais que nous ne devions avoir d’amitiés qu’avec les riches? N’est-ce pas?

—Il est vrai que je te disais cela parce que... parce que déjà il n’y avait plus de remède; tu ne faisais que le louer; D. Ibarra par ci, D. Ibarra par là, D. Ibarra partout. Et voilà! Mais je ne t’ai pas conseillé de le voir ni de lui parler à cette réunion; cela tu ne peux-pas le nier.

—Savais-je moi, par hasard, qu’il devait y aller?

—Eh bien! tu aurais dû le savoir!

—Comment, si je ne le connaissais même pas?

—Eh bien! tu aurais dû le connaître!

—Mais, Tinchang, si c’était la première fois que je le voyais, que j’entendais parler de lui!

—Eh bien! tu aurais dû l’avoir vu avant, avoir entendu parler de lui; c’est pour cela que tu es homme, que tu portes des pantalons et que tu lis le Diario de Manila! répondit intrépidement l’épouse en lui lançant un regard terrible.

Capitan Tinang ne sut que répliquer.

Son épouse, non contente de cette victoire, voulut la compléter et s’approchant de lui les poings fermés.

—C’est pour cela que j’ai travaillé des années et des années, économisant, pour que toi, par ta bêtise, tu viennes perdre le fruit de mes fatigues? lui reprocha-t-elle. Maintenant on va t’envoyer en exil, nous dépouiller de nos biens, comme la femme de... Oh! si j’étais homme, si j’étais homme!

Et voyant que son mari baissait la tête, elle recommença à sangloter, répétant toujours:

—Ah! si j’étais homme! si j’étais homme!

—Et si tu étais homme, lui demanda enfin son mari vexé, que ferais-tu?

—Quoi? eh bien!... eh bien!... aujourd’hui même je me présenterais au capitaine général, pour lui offrir de me battre contre les révoltés, aujourd’hui même!

—Mais, n’as-tu pas lu ce que dit le Diario? Lis! [441]«La trahison infâme et bâtarde a été réprimée avec énergie, force et vigueur, et promptement les rebelles ennemis de la Patrie et leurs complices sentiront tout le poids et toute la sévérité des lois...» Vois! il n’y a pas de soulèvement.

—Cela ne fait rien, tu dois te présenter; beaucoup l’ont fait en 1872 et ainsi n’ont pas été inquiétés.

—Oui! il l’avait fait aussi le P. Burg...

Mais il ne put achever le mot; sa femme accourut et lui ferma la bouche.

—Dis-le! prononce ce nom pour que demain on te pende à Bagumbayan! Ne sais-tu pas qu’il suffit de prononcer ce nom pour être exécuté sans autre forme de procès? Voyons, dis-le!

Quand même Capitan Tinong aurait voulu lui obéir, il n’aurait pas pu; sa femme lui fermait la bouche à deux mains, serrant sa petite tête contre le dossier du fauteuil et peut-être le pauvre homme serait-il mort asphyxié si un nouveau personnage n’était intervenu.

C’était le cousin D. Primitivo, qui savait par cœur l’Amat, homme d’environ quarante ans, vêtu avec recherche, pansu et bedonnant.

Quid video? s’écria-t-il en entrant; que se passe-t-il? Quare?5

—Ah! cousin! dit la femme éplorée en courant vers lui, je t’ai fait appeler, car je ne sais ce qu’il va en être de nous... que nous conseilles-tu? Parle, toi qui as étudié le latin et qui connais les arguments...

—Mais avant quid quaeritis? Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu; nihil volitum quin praecognitum6.

Et il s’assit posément. Comme si les phrases latines avaient eu une vertu tranquillisatrice, les époux cessèrent de pleurer et s’approchèrent attendant le conseil [442]de ses lèvres, comme autrefois les Grecs attendaient la phrase salvatrice de l’oracle qui allait leur livrer les Perses envahisseurs.

—Pourquoi pleurez-vous? Ubinam gentium sumus7?

—Tu sais déjà la nouvelle du soulèvement...

Alzamentum Ibarrae ab alferesio Guardiae civilis destructum? Et nunc?8 Eh bien, quoi! D. Crisóstomo vous doit quelque chose.

—Non, mais sais-tu que Tinong l’avait invité à dîner, il l’a salué sur le Pont d’Espagne... en plein jour! On va dire qu’il est son ami!

—Ami? s’écria surpris le latin en se levant. Amice, amicus Plato sed magis arnica veritas9! Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. Malum est negotium et est timendum rerum istarum horrendissimum resultatum. Hemn!10

Tant de mots en um épouvantèrent Capitan Tinong; il pâlit effroyablement, ce son lui semblait d’un mauvais présage. Son épouse joignit des mains suppliantes:

—Cousin, tu nous parles maintenant en latin; tu sais que nous ne sommes pas philosophes comme toi; parle-nous en tagal ou en castillan, mais donne-nous un conseil.

—Il est à déplorer que vous n’entendiez pas le latin, cousine: les vérités latines sont des mensonges tagals; par exemple: contra principia negantem fustibus est arguendum11, en latin c’est une vérité aussi certaine que l’arche de Noé; je l’ai mise une fois en pratique en tagal et c’est moi qui ai reçu les coups de bâton. Aussi [443]c’est un malheur que vous ne sachiez pas le latin. En latin, tout pouvait s’arranger.

—Nous savons aussi beaucoup d’oremus, parce nobis et Agnus Dei catolis12, mais maintenant nous ne nous comprendrions pas. Donne un conseil à Tinong pour qu’on ne le pende pas.

—Tu as mal fait, très mal fait, cousin, en liant amitié avec ce jeune homme! répondit le latin. Les justes paient pour les pécheurs, je te conseillerais presque de faire ton testament... Væ illis. Ubi est fumus est ignis! Similis simili gaudet; atqui Ibarra ahorcatur, ergo ahorcaberis13....

Et, ennuyé, il hochait la tête de côté et d’autre.

—Saturnino, qu’as-tu! cria Capitana Tinchang, pleine de terreur; ah! mon Dieu! il est mort! un médecin! Tinong, Tinongoy!

Les deux filles accoururent et toutes trois commencèrent à se lamenter.

—Ce n’est rien qu’un évanouissement, cousine, un évanouissement! J’aurais été content que... que... mais malheureusement ce n’est rien de plus qu’un évanouissement. Non timeo mortem in catre sed super espaldonem Bagumbayanis14. Apportez de l’eau!

—Ne meurs pas! pleurait la femme. Ne meurs pas, on viendrait te prendre! Ah! si tu mourais et si les soldats venaient! ah! ah!

Le cousin lui arrosa la figure avec de l’eau et le malheureux revint à lui.

—Allons, il ne faut pas pleurer! Inveni remedium, j’ai trouvé le remède. Transportons-le à son lit; allons! [444]du courage! je suis ici avec vous et toute la sagesse des anciens... Qu’on appelle un docteur; et aujourd’hui même, cousine, va voir le capitaine général et porte-lui un cadeau, une chaîne d’or, une bague... Davidæ quebrantant peñas;15 dis que c’est un cadeau de Noël. Ferme les fenêtres, les portes et, si quelqu’un demande mon cousin, réponds qu’il est gravement malade. Pendant ce temps, je brûle toutes les lettres, papiers et livres pour que l’on ne puisse rien trouver, comme a fait D. Crisóstomo. Scripti testes sunt! Quod medicamenta non sanant ferrum sanat; quod ferrum non sanat, ignis sanat16.

—Oui, prends, cousin, brûle tout! dit Capitana Tinchang; voici les clefs, voici les lettres de Capitan Tiago. brûle-les! Qu’il ne reste aucun journal d’Europe, ils sont très dangereux. Voici quelques Times que je conservais pour envelopper des savons et du linge. Voici les livres.

—Va-t’en chez le capitaine général, laisse-moi seul. In extremis extrema17. Donne-moi le pouvoir d’un director romain et tu verras comment je sauverai la pat..., que dis-je, le cousin.

Et il commença à donner des ordres, à retourner les rayons de la bibliothèque, à déchirer les papiers, les livres, les lettres, etc. Puis il alluma un foyer dans la cuisine; on brisa avec une hache de vieilles escopettes, on jeta dans les cabinets des revolvers rouillés; la servante qui voulait conserver le canon de l’une de ces armes pour en faire un soufflet fut vertement reçue.

Conservare etiam sperasti, perfida18? Au feu! [445]

Et l’auto-da-fé continua.

Il aperçut un vieux tome en parchemin et en lut le titre:

—«Révolutions des globes célestes, par Copernic» pfui! ite, maledicti, in ignem Kalanis19! s’écria-t-il en le jetant dans la flamme. Des Révolutions et Copernic! Crime sur crime! Si je n’arrive pas à temps...

«La Liberté aux Philippines». Tatata! quels livres! au feu!

Et des livres innocents, écrits par les auteurs les plus simples, n’échappèrent pas au sort commun. Même le «Capitan Juan», œuvre très candide, suivit les autres. Le cousin Primitivo avait raison; les justes paient pour les pécheurs.

Quatre ou cinq heures plus tard dans une tertulia20 à prétentions, intra muros, on commentait les événements du jour. Beaucoup de vieilles dames et de vieilles filles y étaient réunies avec des femmes ou des filles d’employés, vêtues à l’européenne, s’éventant et bâillant. Parmi les hommes qui, par leurs manières, dénotaient comme les femmes leur instruction et leur origine, était un homme déjà âgé, tout petit, manchot, que l’on traitait avec beaucoup d’égards et qui gardait envers les autres un silence dédaigneux.

—En vérité, je ne pouvais auparavant souffrir ni les moines ni les gardes civils à cause de leur mauvaise éducation, disait une grosse dame, mais maintenant que je vois leur utilité et quels services ils rendent, je serais presque heureuse de me marier avec l’un d’eux. Je suis patriote.

—Je suis du même avis! ajouta une maigre; quel malheur que nous n’ayons pas l’ancien gouverneur; celui-là laisserait le pays net comme une patène.

—Et il en finirait avec la race des filibusterillos!

—Ne dit-on pas qu’il reste de nombreuses îles à [446]peupler? Pourquoi n’y déporte-t-on pas tous ces Indiens mécontents? Si j’étais le capitaine général...

—Señoras, dit le manchot, le capitaine général sait son devoir; selon ce que j’ai entendu il est très irrité, car il avait comblé de faveurs cet Ibarra.

—Comblé de faveurs? répéta la maigre en s’éventant avec furie. Voyez combien ingrats sont ces Indiens! Peut-on par hasard les traiter comme des personnes? Jésus!

—Savez-vous ce que j’ai entendu? demanda un militaire.

—Non!—Qu’est-ce?—Que dit-on?

—Des personnes dignes de foi, reprit le militaire au milieu du plus grand silence, assurent que tout ce bruit fait pour élever une école était un pur conte.

—Jésus! Vous avez vu? s’écrièrent-elles toutes, croyant déjà au conte.

—L’école était un prétexte; ce qu’il voulait bâtir était un fort, où il aurait pu se défendre quand nous aurions été l’attaquer...

—Jésus! Quelle infamie! Un Indien seul est capable d’aussi lâches pensées, s’écria la grosse dame. Si j’étais le capitaine général, ils verraient... ils verraient...

—Je pense comme vous! s’écria la maigre en s’adressant au manchot. Que l’on arrête tous ces avocassons, tous ces petits clercs, tous ces commerçants et que, sans autre forme de procès on les exile, on les emprisonne! Il faut arracher la racine du mal!

—Mais on dit que ce flibustier-là est fils d’espagnol, ajouta le manchot sans regarder personne.

—Ah! voilà! s’écria la grosse; ce sont toujours les créoles! aucun Indien ne comprend quelque chose à la Révolution! Élève des corbeaux21... élève des corbeaux...

—Savez-vous ce que j’ai entendu dire, demanda une créole qui coupa ainsi la conversation. La femme de [447]Capitan Tinong... vous rappelez-vous? celui chez qui nous avons dansé et dîné à la fête de Tondo...

—Celui qui a deux filles? eh bien, quoi?

—Eh bien, sa femme vient de donner cette après-midi au capitaine général une bague de mille pesos de valeur.

Le manchot se retourna.

—Vrai? et pourquoi? demanda-t-il, les yeux brillants.

—Elle a dit que c’était comme cadeau de Noël...

—La Noël ne vient que dans un mois!...

—Elle aura craint une averse... observa la grosse.

—Et elle se met à couvert, ajouta la maigre.

—Satisfaction non réclamée, faute confessée.

—C’est ce que je pensais; vous avez mis le doigt sur la plaie.

—Ceci est à voir, observa le manchot pensif; je crains qu’il n’y ait là quelque chat enterré.

—Un chat enterré, c’est cela! j’allais le dire, répéta la maigre.

—Et moi aussi, dit l’autre en lui coupant la parole; la femme de Capitan Tinong est très avare... elle ne nous a encore envoyé aucun cadeau et cependant nous sommes allés chez elle. De sorte que, quand une personne aussi chiche et aussi avide lâche un petit cadeau de mille petits pesos...

—Mais, est-ce certain? demanda le manchot.

—Absolument certain, c’est l’aide-de-camp de Son Excellence qui l’a dit à ma cousine, dont il est le fiancé. Je suis tentée de croire que c’est la même bague qu’elle portait le jour de la fête. Elle est toujours pleine de brillants!

—Un scarabée marchant!

—C’est une manière comme une autre de se faire de la réclame! Au lieu d’acheter un mannequin ou de payer une boutique...

Le manchot trouva un prétexte et abandonna la tertulia. [448]

Deux heures après, quand tout le monde dormait, divers habitants de Tondo reçurent une invitation par l’entremise de soldats... L’Autorité ne pouvait tolérer que certaines personnes ayant une position ou des propriétés dormissent en des maisons si mal gardées et si peu fraîches: au Fort de Santiago et dans d’autres édifices du gouvernement leur sommeil serait plus tranquille et plus réparateur. Parmi ces personnes se trouvait le malheureux Capitan Tinong.

1 Procureur du roi.—N. des T.

2 De mauvais augure.—N. des T.

3 Nom philippin des typhons.—N. des T.

4 La Nature a horreur du vide.—N. des T.

5 Que vois-je? Pourquoi?—N. de l’Éd. esp.

6 Que demandez-vous? Il n’est rien dans l’intelligence qui d’abord n’ait existé pour les sens. On ne désire pas ce que l’on ne connaît pas.—N. de l’Éd. esp.

7 En quel lieu du monde sommes-nous?—N. de l’Ed. esp.

8 Le soulèvement étouffé d’Ibarra contre l’alférez de la Garde Civile! Et à présent?—N. des T.

9 Ami, Platon est mon ami, mais je lui préfère la vérité.—N. de l’Ed. esp.

10 L’affaire est mauvaise et je crains que ces choses n’aient une horrible fin.—N. de l’Ed. esp.

11 On argue en les fustigeant contre ceux qui nient les principes.—N. de l’Ed. esp.

12 Catolis pour qui tollis. Heureusement que le Dieu qui écoute les prières des dévotes en rectifie le latin et qu’il a plus de considération pour leur foi que pour leur science!—N. des T.

13 Malheur à eux! Où il y a fumée, il y a feu! Chacun recherche son semblable; aussi, si l’on pend Ibarra, tu seras ensuite pendu.—N. de l’Ed. esp.

14 Je ne crains pas la mort dans le lit mais sur l’échafaud de Bagumbayan.—N. de l’Ed. esp.

15 Corruption en latin de cuisine du proverbe espagnol: Dádivas quebrantan peñas, les offrandes brisent les rochers.—N. des T.

16 Les écrits sont des témoins. Ce que ne guérissent pas les médicaments, le fer le guérit; ce que ne guérit pas le fer, le feu le guérit.—N. de l’Ed. esp.

17 Dans les extrémités, les moyens extrêmes, ou, en français, aux grands maux les grands remèdes.—N. des T.

18 Ah! tu voulais le garder, scélérate?—N. des T.

19 Allez, maudits, dans le feu du fourneau.—N. des T.

20 Société, compagnie.—N. des T.

21 Proverbe espagnol: Elève des corbeaux, ils te crèveront les yeux.—N. des T.

[Table des matières]

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